jeudi 6 septembre 2018

Chapitre 701 - Ad vitam








Chaque instant qui passe je fais l'erreur folle et égoïste de croire que je serai différent face au temps, qu'il n'emportera pas mes joies, qu'il ne m'arrachera pas les souvenirs les plus tristes que j'ai. Qu'il serait incapable de m'ôter les douleurs les plus profondes en moi, soucieux du détail que tout m'appartienne je creuse plus profondément la plaie pour que jamais elle ne parte, pour que sa trace, à sa simple vue me fasse souffrir. Je promets que le temps ne me soignera pas de mes souffrances, que jamais un matin je me lèverai en allant mieux, parce que je veux souffrir, je veux souffrir de cette absence, de ce vide qu'on m'a laissé sans me demander mon avis. Je veux souffrir des choix idiots que j'ai parfois fait à m'en tordre le ventre et à en brûler ma chair. Je veux, je veux aussi sourire de mes rêves, rire avec la personne que j'aime sans que cela ne s'arrête. À chaque instant j'y crois, je ne sais pas quelle débilité mais j'y crois, je veux me sentir différent devant le temps qui passe, le voir poser ses valises et me tendre la main et je me vois lui répondre non. Non tu n'auras pas mes souvenirs, non tu ne me soignera pas de mes plaies, je veux tout les détails de mon identité quitte à ce que la douleur m'en fasse devenir malade !

Parce que c'est ce que je suis, je suis malade de vivre ! Malade de ces moments où d'une seconde à l'autre j'alterne entre joie immense et inconsolable tristesse. Je me dis que je peux décider de ça, de ce qu'il prend ou ne prend pas comme si je choisissais ce que je voulais dans le supermarché.. Mais je ne suis que le caddie... Un putain de caddie dans lequel on prend et on enlève des choses, on en garde pour un instant et on en enlève le moment d'après. Je me dis que je peux choisir ce que j'emporte. Il soigne tout, mes pires douleurs sont de belles cicatrices fines et quasi-imperceptibles alors que je m'y voyais déjà mourir d'émotions, de rancunes amères qui scient mes organes les uns après les autres. Je me voyais torturé, l'âme maudite à jamais par toutes ces belles choses qui me harcèleraient pour me demander si j'étais vraiment heureux, si l'idée que je me faisais d'être heureux était la bonne. Rien de tout ça n'est arrivé, j'ai toujours su m'endormir dans mon lit au petit matin après des nuits d'incertitudes, certes, mais toujours le sommeil fut présent. Le temps m'a soigné de choses que je ne pensais pas pouvoir supporter et en échange, sans que je ne puisse en dire quoi que ce soit, il a effacé mes joies. Comme un contrat avec la vie, qui m'accorde l'existence de passer toutes les douleurs dans l'amertume le temps d'un souffle et de m'extirper de mes soleils le temps d'un autre.

Le temps cet artiste, ce capitaine de navire qui au-delà de la tempête sait voir en permanence la mer calme et reposante que l'âme chérie si fort. Il prend le temps qu'il faut et panse les blessures les plus profondes de l'être, il répare, colle, améliore, soude, rapproche. Il consolide et détache en permanence ce que l'âme ne cesse de réclamer proche d'elle. Ce n'est pas juste ! Ce n'est pas parce que je suis temporaire dans cet univers que les choses qui m'amènent à ressentir doivent l'être aussi.

À chaque fois je veux combattre le temps, alors qu'intimement je le sais, il ne se combat pas, il est présent et c'est tout ce qu'il est. Pourtant je ne peux pas concevoir cette idée, je ne peux pas l'accepter, j'ai un problème avec l'idée du fonctionnement de l'existence, de la manière dont on ressent et perçoit les choses. Nous devrions être des statues sur lesquelles le temps mets des coups, qui parfois nous fait des fissures et qui autrement nous améliore et nous rendes plus fin, plus beau. Nous devrions tout garder, notre réservoir émotionnel devrait être un gouffre dans lequel nous devrions tous nous comprendre. Je veux tout garder de ce qui me défini, ainsi durant mes moments de doutes je ne pourrai même avec toute ma volonté, oublier ce que je suis... C'est le moment qui nous défini ou alors c'est à nous de définir le moment ?


mardi 28 août 2018

Chapitre 700 - Je t'aime de souvenirs





Elle m'a dit "tu passes vite à autre chose", j'en ai ris, de tristesse parce que je n'avais rien d'autre à proposer sur l'instant. Comment pouvais-je passer à autre chose quand elle était tout ? Passer à autre chose comme si une suite se cachait derrière. Après elle il n'y a plus rien, c'est le vide, le néant, le froid permanent. Tu passes à autre chose, comme c'était léger à dire et si violent pour mon âme de l'entendre, je ne peux pas passer à autre chose, il n'y a rien après. Je ne veux rien, parce que c'est dans sa présence que j'y trouve mon tout. J'ai préféré feindre l'indifférence à cette douleur extrême, des jours durant elle m'a fait saigné. Des nuits entières, tout comme celle-ci je brûlais de chacune des lettres de cette phrase car de toutes les choses fausses celle-ci est l'une des plus grandes. Mes souvenirs de toi me tue de plaisir et le manque ne cesse de me couvrir de tes baisers rompu par le silence j'y résous ce qu'il me reste. J'ai envie de toi, j'ai envie de tout avec toi. Je passe à autre chose mais jamais sans toi. Je chéris tout de toi, surtout le pire.



dimanche 26 août 2018

Chapitre 699 - Je ne sais plus quoi vous dire







Fond de table en fin de soirée, l'été tire sa révérence avec la fougue d'un enfant de huit ans, et la maladresse d'une collégienne dévoilant ses sentiments, c'est un départ marqué, une chaleur qui disparaît pour un accueil en bonne forme du froid qui se glissera dans nos draps. La discussion des personnes tourne autour de la vie sentimentale de chacun, c'est comme ça en fin de soirée c'est toujours comme ça. Les sentiments qui déferlent et qui glissent sur des torrents d'alcool rendant les propos très franc mais si peu compréhensible, on les mixent aux remords et au goût si spécifique du regret.

"Et à quoi tu es sensible toi."

La tête en arrière sur le canapé je voyais le monde à l'envers, il avait étrangement plus de sens dans cet ordre là. J'ai pas jugé bon de relever ma tête pour répondre.

"Sensible à quoi ?"

J'entends le verre qui se pose sur la table;

"Je ne sais pas, quelque chose qui te rend sensible, tu n'as pas l'air de beaucoup parler, ni même d'aimer ça. Tu te forces aux interactions."

Je fais un signe de la main comme pour dégager une fumée invisible devant ma pauvre petite gueule;

"Putain mais vous me suivez n'importe où, trop peu sensible, pas sociable, pas communicatif. Vous faites une fixette sur les gens comme moi, et je fais une fixette sur les gens comme vous, je ne suis pas une statue juste j'aime fermer ma gueule et j'aime quand on ferme sa gueule."

Silence lourd et gêné.

"T'es à cran pour une fin de soirée."

"Putain que non, je suis tranquille en train de détendre et ça vient m'éclabousser de merde. Imagine toi dans ton jardin, plein soleil en train de te reposer et soudainement on t'emmerde de questions. Tu réagis comment ? Quand quelqu'un te parle du travail pendant que tu te reposes tu réagis comment ?"

"On parle pas de travail."

"C'est un travail de vous supporter."

"Et un enfer d'essayer de te parler."

Une seconde période de silence entre en scène, quelques quart d'heures qui me donnent un ressenti de cinq minutes.

"Aux moments d'hésitations, aux scènes d'au revoir qui sont peut être des adieux déguisés, aux regards qui.. Se supplient de rester, de chercher du temps en plus, aux lèvres qui se serrent et aux cœurs qui pleurs dans le vide. Les voix qui déraillent sur les quais d'une gare ou d'un port, dans le terminal d'un aéroport ou devant la porte d'un taxi, d'un ascenseur qui se ferme. Dans des périodes courtes d'intensités qui nous implorent de les vivres. A ce moment où l'essentiel, l'important prend sa place. A ces endroits où tout devrait être dit et où la tristesse a une place si accablante sur le canapé qu'elle s'étend et poing sur la joue tend l'oreille pour entendre ce qu'il s'y passe. Au coeur qui se brise, a ce sang qui à ce moment dans nos veines chauffe."

"T'es sensible à ça ? C'est des instants durs; qui n'arrivent pas souvent."

"Les tentatives de vies, les émotions fortes, ça me rend instable. Je fonds, je deviens sensible à l'extrême."

"Les tentatives de vies ?"

"Les instants manqués, les regards qui se croisent, les sourires qui s'échangent. Les rapports humain."

"C'est pourtant commun.."

"On a pas vécu les mêmes drames."




Chapitre 698 - Blue Velvet










Elle se mit à côté de lui et sans un mot, elle commença du bout de ses doigts à toucher son visage encore mouillé de la douche qu'il venait de prendre. Lui comme étonné pris ses doigts dans sa main et lui demanda quel drame engendrait en elle cette nécessité de faire ça. Il n'avait pas l'habitude qu'on le touche, qu'on lui caresse tendrement ce visage qui le répugnait parfois de colère et de haine.

" Je les vois.. Je les vois" répéta-t-elle les yeux remplis de larmes, avant de prendre son visage à deux mains, comme un creuset. Elle se fit comme admirative de quelque chose que lui ne voyait pas et ne comprenait surtout pas, la situation avait changé, elle était oppressante pour lui, et tout son être cherchait un moyen de fuir ce qu'elle faisait, il était déstabilisé dans tout ce qu'il était, ses actes résonnaient en lui de manière trop brutale.

Lui qui avait juré de mettre des distances avec les sentiments, lui dont l'obsession pour les émotions le rendait addict au point que des évènements de sa vie avaient emporté avec eux une part de lui qui plus jamais ne permettrait au puzzle de son existence d'être complet. Lui qui s'était promis de ne pas goûté une fois de trop à la folie des passions, se retrouvait alors là, face à cette femme qui n'était plus qu'à cet instant une bombe à retardement qui allait faire jaillir son coeur hors de sa poitrine pour bondir embrasser ses sentiments. La pression était intenable pour lui.


"Elles sont si belles.. Si grandes, leur tailles est proportionnelle au sacrifice que tu as fais. Ce que tu as abandonné pour permettre ce qu'il fallait faire. Elles sont.. Elles sont la marque de ta personne."

Elle n'avait pas cessé de pleurer bien au contraire, une pluie s'était installée sur le haut de son visage, ses yeux étaient alors comme deux saphirs rutilants comme bercées par le tumulte d'une vague passionnelle qui noyait plus qu'elle ne pourrait porté, elle avait des joyaux à la place des yeux qui étaient mis en lumière par un flot de sentiment qu'elle ne pouvait cesser. Il comprenait alors, il savait de quoi elle parlait.. Il se mit à reculer, tombant à la renverse, se relevant aussi rapidement, fuyant ses mains, son regard, son toucher. Il se sentait comme non méritant, il le refusait, il se l'interdisait, il n'avait pas encore une fois à subir ça. Malgré chaque pas de recul, un de ceux-là fut de trop, il dû finir dos au mur sans possibilité de prendre davantage de distance avec cette femme, qui maintenant lui tendait le bras en s'approchant de lui, comme admirative mais émotionnellement blessée.

C'est cette douleur là qui la faisait pleurer à ne plus pouvoir cesser, c'est encore cette douleur qui la rendait folle de désir à l'idée de pouvoir le toucher encore une fois, pour le saisir comme l'on saisissait un cristal poli par la finesse d'un joaillier remplie d'une ardeur envoûtante pour son travail.

Elle finie une nouvelle fois par attendre son visage le caressant encore, au premier touché elle fit un sanglot, quand sa deuxième main toucha sa joue, elle finie par éclaté comme un verre au sol, avec bruit et fracas, elle gémissa, cria, les cordes de sa voix étaient emplies d'une infinie tristesse comme si catalyseur, miroir d'une âme elle pleurait pour celle qui ne le pouvait plus.

" Tu as tant souffert... N'aie pas honte de ce qu'elles sont, elles te vont si bien, elles te rendent si beau, si humain. Ce sont tes forces, pas tes faiblesses."

Lui faisait face à une réalité qu'il s'était interdit de penser.

"Elles sont si belles sur toi, elles te vont si bien ces cica.."

Sa phrase à peine finie qu'il la coupa d'une main sur sa bouche, lui allongé au sol, les jambes écartés, le dos contre le mur, elle au-dessus le chevauchant de la vision son front contre le sien, les yeux grands ouverts elle pu apercevoir alors les quelques larmes se dessinant sur son visage;

"C'est bon, ça ira n'en dis pas plus, ne dis pas ce mot."

S'en suivi un dernier silence entre eux deux, qui finit par sceller leur deux coeurs l'un à l'autre, il était tombé fou amoureux d'elle à l'instant où elle se mis à pleurer pour lui à l'idée des douleurs qu'il avait pu ressentir, quand bien même il aurait pu avoir dans sa vie une femme plus belle, ou avec des atouts physiques plus que satisfaisant, il n'en aurait pas chercher la teneur ni même l'intérêt car il le savait dès cet instant, jamais il ne pourra aimer plus fort qu'avec elle. Il apprit alors ce jour là, à s'aimer aux travers des yeux de celle qu'il venait juste d'apprendre à aimer.


jeudi 2 août 2018

Chapitre 697 - Bonne nuit








Il s'asseya sur le bord du tronc d'arbre, le plus éloigné du feu qui crépitait, à la fois visible par son visage et le haut de son corps tandis que le reste plongé dans l'obscurité de la douce nuit d'été qui nous accompagnait laisser deviner des ombres par les petits éclatements du feu qui laissait entrevoir le contour de ses épaules.

Il se gratta le crâne de sa main comme d'un air chercheur, de ceux qui creusent les idées, un soupir laissant s'échapper de sa bouche en plein milieu de cette forêt nocturne, il avança une de ses jambes près de la lumière du feu de camp, appuyant sa main sur son genou tandis que l'autre main avait, elle, déjà repris la canne qui l'avait amené jusqu'ici s'appuyant désormais aussi sur celle-ci. Il plongea son regard paternel en direction du petit feu qui dorénavant ronronnait.


"Tu sais petit, tes souvenirs se détériorions avec le temps, ils partiront sans que tu ne les ai remarqués, d'autres à l'inverse resurgiront bien des années plus tard pour une sensation, une odeur que tu croyais avoir oublié. Les meilleurs comme les plus mauvais, seront traités de manière égale. Le plus radieux des souvenirs ne brillera plus, le plus sombre ne t'empêchera plus de voir la lumière du lendemain. Ce sont de petites choses, des détails qui font toute la saveur de tes journées quelquefois. Ils partiront de la même façon qu'ils ont pu avoir pour s'installer dans ton quotidien, avec fracas ou douceur. Certains claqueront fort la porte, d'autres ne donneront même pas l'impression de l'avoir ne serait-ce qu'entre-ouverte. Il faut savoir prendre soin de ces instants, ces moments qui ont pour t'apporter de la joie ou te donner des leçons que tu ne souhaites pas encore apprendre aujourd'hui. C'est eux qui te permettront de tenir le choc dans les moments difficiles, de te rappeler ton chemin parcouru, la saveur de tes buts, de tes idéaux. Ils te remémorons la raison pour laquelle tu as entrepris ce voyage, ce que tu y as gagné et ce que tu as laissé pour parvenir à gravir les pentes rugueuses. Ils te rappelleront ce que tu as fais, et ce que tu n'as pas pu faire. Dans les moments d'incertitudes qui combleront ta vie, ils seront présents pour te rappeler qui tu aspires à être quand, la tête dans le brouillard et remplis de peur tu oublieras. Ils te rappelleront la force avec laquelle tu as des convictions et les rêves que tu y accroches."

Il marque alors une longue pause, suffisamment pour lui prendre le temps de se relever d'un air assagi, la détermination avec laquelle ses mots avaient pu apparaître laisse place à la douceur d'un vieil homme reconnaissant envers la vie. Se levant du tronc d'arbre alors couché sur le côté du feu, avançant dans ma direction il pose alors sa main sur mon épaule en faisant face à la route qui timide reste dans l'ombre du feu;

"C'est pour ça, c'est pour tout ça que tu dois y faire attention, tu ne pourras pas tous les entretenir et les garder intacts, seul quelques-uns auront cette chance et ça ne sera pas toi non plus qui décidera lesquels tu garderas de ceux que tu oublieras. Cherche y un sens et entretiens la sensation et le message qu'ils gardent en eux, parce que c'est une partie de toi qui a existé et qui résonne en toi même si dorénavant elle n'a plus sa place, elle te rappelle qui tu as été à un instant de ta vie. A l'image de ce feu que tu vas éteindre, l'important ne réside pas dans le fait qu'il brûle, mais qu'il a brûlé, il a existé. Il ne s'agit pas de vivre, il s'agit d'exister dans tout ce qu'il est possible que tu ressentes. Prend soin de tes souvenirs, viendra un jour où seul eux te rappelleront qui tu es et pourquoi tu fais tout ça. Rentrons maintenant."

Le feu n'avait pas eu besoin de moi pour s'éteindre, il fit son dernier ronronnement avant de s'endormir dans les draps de la nuit et de se résoudre à laisser la nuit être. 



vendredi 8 juin 2018

Chapitre 696 - Il y a des instants qui contiennent des vies entières.





"L'important c'est pas d'être le plus gros connard, c'est d'être le plus performant."


Eté 98', on est sous deux parasols "lipton" jaunes dégarnis le soleil tape comme une salope à qui on aurait brisé le coeur alors qu'elle nous poignarde depuis le début.. Tsss.. pétasse de chaleur. Mon verre est quasi vide et se remplie de l'eau des glaçons, je souffle d'exaspération c'est dégueulasse. Mon ami de toujours lui, sur le transat à moitié troué a la belle vie, du moins il croit l'avoir, dégaine d'un goldboy des années 80' il s'étend et se relaxe comme si il était sous les cocotiers de n'importe quel foutu endroit du globe où l'on rêve de se retrouver un matin avec une femme qu'on ne mérite même pas d'imaginer dans nos plus grands rêves.

J'apprécie ce type, son franc parler, sa manière nonchalante d'aimer la vie, même quand elle le baise, surtout quand elle le baise à vrai dire. Je m'amuse à faire taper les glaçons entre eux dans mon verre. On se croirait dans une villa mais on fait juste dos à l'appartement dans lequel on est, le nord de la France n'est pas le paysage d'Honolulu, mais on s'adapte à ce genre de connerie.

Je repose mon verre et tente de me lever pour aller me chercher une autre bouteille fraîche; il s'étire :

" Tu te rappelles petit quand on rêvait de braquer le monde ?"
" C'est toujours d'actualité" lui ai-je répondu avec un sourire qui lui fit souffler du nez, il remonte ses lunettes et les yeux frappés par le soleil nordique français avec une esquisse bien provocante dont seul lui a le secret;
"T'es mal partie."

Je tourne le dos à notre contexte de vacancier chômeur, direction le frigo la bouteille d'eau n'attend que moi tout en lui répondant;

"Les grandes histoires ont des débuts médiocres."

"Tu parles toujours pour rien."

"Ca fait partie de mon charme."

"Non t'es dégueulasse."

Je marque une pause, front levé au ciel, main sur le menton façon penseur je ricane et le pointe du doigt;

"C'est juste un détail ça, mais un point pour toi."

Aujourd'hui je regrette de ne plus avoir à partager ce genre de chose avec quelqu'un, simplement parce que je ne suis peut être pas quelqu'un de suffisamment accompli, mais c'est pour ce genre de souvenir que je fais tout ça, que j'en sacrifie des tonnes, qui représentent pas beaucoup pour énormément de gens, mais c'est pour moi, mon monde que je fractionne petit à petit pour dessiner les contours d'un endroit dans lequel j'aimerai m'épanouir. Les contours sont si fin que j'en ai acquis la certitude que ce monde ne peut contenir qu'une seule personne. 



PS: Merci pour vos mails touchant, c'est un plaisir bien particulier que de savoir que certains ont l'étrange goût d'aimer lire ce que j'écris au petit matin.

jeudi 7 juin 2018

Chapitre 695 - Je crois que je déraille







Je pense à tord que l'on devrait tout dire, je fais très souvent machine arrière sur cet instant, comme un soldat qui pose le pied sur une mine en sachant l'entrave dans laquelle il se met par manque de prudence. On peut tout dire mais pas à tout le monde, tout le monde n'est pas suffisamment bon pour entendre ce qu'il y a, a dire. C'est terrible de devoir attendre que les personnes qui vous entoure, vous connaissent un minimum pour pouvoir vous ouvrir. Leur faire comprendre que ce que vous faites est incroyablement rare. Pardon ma chérie, mes phrases divaguent et se font renverser par une mer de doute, et rien n'a vraiment de sens pas vrai... Ce que je veux t'écrire, c'est tout d'abord que c'est la peur du manque de reconnaissance envers ce qu'ils font qui poussent les gens à ne pas s'ouvrir. Savoir que des paroles que l'on ne dit jamais ne vont pas résonner aux oreilles de quelqu'un comme quelque chose de rare selon ce que l'on est ne nous donne pas envie de parler. Regarde-moi par exemple, je hais parler de moi, pourtant penses-tu que quelqu'un m'écoute quand je fais l'effort de parler de moi sous prétexte qu'on me pose une question personnelle ? Le soucis c'est qu'on apprend aujourd'hui à rater l'essentiel. C'est une culture sociale, tout un art, de ne plus écouter celui qui nous parle, de ne pas faire attention à ce qui est, de simplement attendre son tour pour parler. À quoi ça sert de parler si personne n'écoute ?

Je pense à raison que l'on devrait choisir les moments où dire quelque chose de personnelle mais trop peu personnel pour qu'il soit distinctement souligné et suffisamment pour être entendu. C'est tristement beau, mais c'est l'absence de phrase qui crée l'importance. Ne pas dire à quelqu'un de cher qu'il nous est cher pendant une période suffisamment longue rend alors la prochaine déclaration beaucoup plus importante. On est plus sensible à l'absence qui provoque le manque, qu'à la présence qui donne la satisfaction. Autrement dit pour rendre la véritable valeur sur le moment que l'on aurait de s'ouvrir à une personne, serait de lui avoir fait comprendre depuis notre connaissance que nous sommes tout l'inverse de ce que l'on s'apprête à faire.

Les opposés attirent. Tout paraît si simple quand cela se fait tandis que les explications paraissent si ardues. C'est si beau cette illusion de facilité, cette flaque d'eau qui soudainement nous noie dans les profondeurs des plus grands tombeaux des navires.

J'ai fais le choix de ne plus rien dire et de faire semblant de m'ouvrir, parce qu'au fond j'ai peur de ne pas être pris au sérieux dans ce que je suis réellement, davantage encore qu'on ne comprenne pas l'importance que j'attache à ce que je déclare, les nuits de folies m'ont parues si longues que j'en refuse l'anarchie environnante. Tout me rassure quand je fais semblant, je sais intimement que je ne suis pas le seul à faire ça, car il a suffit d'une grande déception de la part d'autrui pour ne plus en vouloir.

Les gens tout comme nos sentiments sont temporaires, et tu sais mon ange, j'essaie de me dire la même chose à propos de mes peurs, est-ce que j'ai peur de ne pas être assez bien pour les autres parce que j'ai cessé de croire que j'étais bon pour moi-même ? Il y a des jours où je me donne raison, et des soirs comme celui-ci où je me donne tord. Je suis torturé, on l'est tous, à différent degré.


dimanche 3 juin 2018

Chapitre 694 - Blood










" On écrit pas quand on est heureux. ", c'est vrai, personne n'écrit quand il est heureux, peut-être parce qu'il est quasiment impossible de définir correctement par des mots le bonheur et la joie qui nous est procurés à instant précis de notre vie. Personne écrit quand il est flamboyant, la littérature des années après, des siècles même fait figure de lieu de tristesse. Elle est très certainement le moteur d'une inspiration mélancolique qui a permis l'écriture des fleurs du mal ou la monotonie désastreuse du dernier jour d'un condamné à mort. Je crois qu'on ne sait pas écrire correctement la joie, on ne sait qu'en profiter pleinement, nous ne sommes tout compte fait, dans un doute, pas adapter à écrire plus que l'on ressent. Un auteur, un écrivain, c'est avant tout quelqu'un qui cultive sa tristesse et pour les plus audacieux la nostalgie. Hugo disait que la mélancolie, c'est la joie d'être triste.

vendredi 1 juin 2018

Chapitre 693 - Celui qui connaît l'histoire



Il n'était pas le plus intelligent de tous, cependant il était malin. Il avait vite compris la nature humaine à force de voir des gens qui lui ressemblait. Il accumulait suffisamment d'expérience pour savoir ce qu'il en était de paroles et des actes des personnes qu'il pouvait croiser au cours de sa vie. Ainsi il fit une liste des choses qui lui paraissaient dangereuses, d'abord les promesses ensuite les émotions et finalement le passé. Il savait qu'il n'avait rien à tirer du passé, que celui-ci n'était qu'un avertissement pour que les autres instants ne se répètent pas. Pour les émotions il parvenait non sans mal à comprendre qu'elles n'avaient parfois pas d'autre sens que de faire souffrir. Le plus dur restait pour lui les promesses des gens qui étaient liées à leur nature, et donc à la sienne. Il se savait des leur et c'est pour ça qu'il ne pouvait pas se supporter, il se détestait d'être d'eux.

Il régla donc le plus gros problème de sa vie d'une manière simple, les gens peu importe qui ils étaient dans sa vie partaient toujours, c'était sans doute le trait le plus détestable qu'il pu connaître à ce jour d'eux, ils partent et partiront. Ils partiront toujours. Il en eu marre un beau matin ce gosse malin, il les a tout bonnement empêcher de s'installer, en faisant ça ils ne pouvaient pas venir pour repartir. Il les prenaient à sens unique et ne cherchait pas à en retirer autre chose, il refusait tout stop, toute pause au milieu de ça, un flux continu qui ne devait jamais s'arrêter sous prétexte de les voir partir encore et encore avec toujours la même idée qui devait rester fidèle que chaque personnes étant différentes ne se valaient pas. A force de cicatrice il connaissait la véritable règle : ce ne sont pas les mêmes personnes mais c'est le même genre de personne.

De malin il était devenu intelligent, si il ne pouvait pas empêcher les gens de partir, il les empêcherait alors de venir. Il vécu en se protégeant de la meilleure manière qui soit sans jamais être atteint par les personnes qu'il voyait, et dû accepter le revers de lame, de ne jamais atteindre qui que ce soit. Il vécu en se tenant à distance d'autrui désignant ainsi ses cicatrices comme son emblème, car celui qui connait l'histoire, ne la répète pas.



mardi 15 mai 2018

Chapitre 692 - L'être et le paraître




Inspiration par inspiration, petit à petit mes cellules se meurent dans le silence du cycle de la vie, je n'ai pas vu le quart de ce que le monde pouvait m'offrir, je n'ai pas pu entendre les milliard de voix parmi lesquelles se trouve peut être celle qui m'enivrait, tout les visages du monde sur lesquels peut être tu caches le plus beau sourire que je ne pourrai contempler. Je n'ai pas su me contenter de ce que j'ai fais mais plutôt de tout ce que je n'ai pas pu faire, de toutes ces occasions manquées. J'aurai dû, j'aurai dû tu sais, ne pas me laisser le choix, ne pas accepter de compromis sur les nouvelles expériences aussi inconnues soit-elles pour moi. Je n'ai pas su apprendre à briller par moi-même pour être un de ces êtres de lumières à qui tout réussi, je n'ai pas pu réussir à m'élever dans l'obscurité et ainsi trouver mon réconfort dans ma propre existence. J'aurai pu être ce que je voulais, voyageur, romancier, acteur ou encore ingénieur oeuvrant pour un monde meilleur, je n'ai pas pu améliorer le miens. Je n'ai pas su faire en sorte que mon monde devienne appréciable pour la première personne qui y vivait. Je me suis dégoûté chaque jour de mon existence, mon corps, mon âme si sombre parfois, si terrifiante.. J'estime avoir été plus proche du monstres dans certaines de mes actions que d'avoir la vanité de croire que j'arpentais le visage d'un humain. J'ai laissé mes sentiments me détruire, pire encore j'ai laissé mes sentiments détruire les gens que j'aimais, j'étais trop faible pour supporter les émotions si violentes et perfectibles que nous côtoyons sans cesse, je n'ai pas su cessé de m'émerveiller de la moindre chose, rester assis sur mes idées que j'utilisais alors plutôt comme un tremplin sur des hypothèses pour voir un monde plus beau, plus grand. Je n'ai pas su calmer la tempête de vie qui errait dans mon corps, je me suis résolu à ne pas savoir dompter mes émotions si vives qui me donnent ce semblant d'existence si cher, comme si je rimais à quelque chose, comme si je pouvais être le dernier mot d'une grande phrase dont on se souviendrait bien plus tard.

Je cherchais ce que je n'étais pas, en vérité, je cherchais tout ce qui était l'inverse de moi, tout ce qui pouvait me permettre de fuir ce que j'étais et qui n'était pas plaisant. Je n'étais pas de ceux à qui l'on pouvait faire confiance, j'échouais malgré les efforts et j'évitais la présence des autres me rappelant que ma place n'était pas auprès d'eux, de maintes fois j'ai voulu m'imposer de cesser de croire que c'était à moi de décider ce que je méritais, mais si moi-même je ne le fais pas qui le fera pour moi ? Qui mon amour me fera un baiser matinal en me caressant le visage pour me dire que tout ira bien, qui aurait eu le courage de me mentir un instant pour me faire aller mieux à cet instant ? J'aurai aimé, j'aurai foutrement aimé qu'on me dépose une couverture sur mes épaules quand je m'endormais pendant que je t'imaginais, que j'essayais de savoir à quoi correspondait la partie manquante de ma vie, celle qui comme un puzzle lui donne toute son ampleur, toute sa grandeur. C'est de ça que je manquais, de la grandeur. J'aspirai à m'élever sans aile, j'étais l'oiseau cloué au sol en attendant son aile et je ne t'ai jamais vu.. Peut-être aurais-je dû, peut-être aurais-je dû arpenter le sol tout en regardant le ciel ici et là avec l'idée belliqueuse que tu y serai un moment où un autre. J'aurai peut être dû te chercher davantage, là où je n'ai pas osé. Je n'ai pas su courageusement prendre mes sentiments comme une arme, revêtir mon coeur de toute cette émotion pour te chercher à travers les forêts, les océans, les villes et les bars de ce monde.

Voilà que j'achève ma vie sans savoir si un jour t'aies-je au moins une fois croisé? Dans un arrêt de métro ? Après une bousculade dans des escaliers, entre deux regards dans une bibliothèque ou peut-être au restaurant en entendant ton rire se joindre au mieux au moment opportun. J'ai peut être à l'inverse tellement chercher que j'en ai oublié de trouver. Pas un moment de ma vie je n'ai cessé de me demander ce que tu pouvais bien faire à l'instant précis où je pensais à toi, peut être sur un banc à boire ton café en lisant un livre, être au cinéma ou travailler avec acharnement, gémir dans les bras d'un autre. Je suis inconsolable de ne pas t'avoir trouvé, parce que je n'ai pas réussi à me saisir de toute mon identité, de tout mon monde que tu détiens, parce qu'en vérité c'est bien de ça que l'on parle. Si mon monde ne peut pas être le miens sans un détail, c'est que c'est ce détail qui est mon monde, et c'est ce que tu étais, la dernière note de musique qui résonne dans la salle, le dernier coup de pinceau sur une toile, le dernier rire que j'eu envie d'entendre. Je t'ai cherché dans tout les livres du monde, les paroles de chansons, les séries, les films, la vie, les parcs, les voitures, les Uber, les terminaux d'aéroport, les salles de bibliothèques, les Mcdonald's fermer à trois heures du matin, les boulangeries du dimanche, les brunch de l'après-midi, les bars au petit matin.. J'ai pu te sentir parfois, être là, avoir toi aussi visité cet endroit mais toutes les chansons de mon Ipod ne m'approchaient en rien de toi.

Je suis désolé, malgré tout ces rires qu'on m'a prodigué, parmi tout ces moments joyeux, ces jouissances intimes, ces pensées sordides, je n'ai pu.. Je n'ai pas su vivre sans toi, il m'aurait fallu quelques vies de recherches de plus, et des centaine d'autres d'acceptation pour me résoudre à accepter une vie sans toi. Je n'aurai jamais eu le courage dans ma vie, ni même la force de mettre le coup de pelle final pour enterrer toutes les espérances que j'avais d'un jour connaître ton visage, ça aurait été ma plus grande fierté dans cette vie. Je n'ai pas su te trouver pour apprendre à vivre à tes côtés, je ne te trouverai pas pour apprendre à mourir et pourtant ça n'empêche pas le fait qu'aujourd'hui oui, je commence à mourir, je me meurs. Je ne pourrais pas m'empêcher de penser à toi, toi qui m'aurait connu mieux que quiconque, m'aurait arpenter dans ma profondeur et ma plus grande violence, oh si tu savais à quel point j'aurai aimé un être qui puisse me contenir dans mes distances et mes excès, qui puisse panser mes plaies et qu'au-delà de toute cette noirceur ai envie de m'aimer. C'est toi que j'avais désigné profondément dans ma chair pour m'aimer et m'apprendre à t'aimer sans condition ni limite, je n'ai pas su apprendre à vivre sans toi, je n'apprendrai pas à mourir à tes côtés. Malgré tout j'ai cette joie intime bien que fébrile d'un être qui se meurt, d'avoir eu cette opportunité de savoir que quelque part dans cet univers quelqu'un me correspondait, je ne m'en irai pas seul, la pensée de te savoir présente m'accompagne avec suffisamment d'amour pour te souhaiter tout ce tu mérites.. Egoïstement, j'aurai voulu, j'aurai tant voulu te dire de vive voix que je t'aime plus que ma propre vie.